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SOCOFRA : trois entreprises et beaucoup de confusion

Vous êtes tombé sur le nom SOCOFRA dans une recherche, un registre ou une conversation, et vous voilà perdu entre plusieurs sociétés qui n’ont rien à voir entre elles ? Vous n’êtes pas seul. Ce nom a été porté par trois entités totalement distinctes :

  • Une petite épicerie de quartier à Herblay-sur-Seine, disparue après une liquidation judiciaire
  • Une société immobilière suisse discrète, toujours active depuis 1990
  • Une ancienne société coloniale parisienne des années 1920, recherchée aujourd’hui par les collectionneurs

Trois parcours, trois époques, trois mondes. Voici enfin de quoi y voir clair.

1. SOCOFRA à Herblay-sur-Seine : une SARL éphémère dans l’alimentation

La première SOCOFRA, créée le 20 décembre 2007, était une petite SARL installée au 54 allée des Bois, à Herblay-sur-Seine, dans le Val-d’Oise. Son activité ? Une épicerie de quartier classique, sous le code NAF 47.11B, c’est-à-dire un commerce d’alimentation générale de proximité.

Les débuts et la succession de gérants

L’histoire commence avec Subramanian Katturaja, le créateur de la société. En janvier 2008, à peine un mois après la création, la SOCOFRA rachète le fonds de commerce de la STE ANAND ALIMENTATION pour se lancer. Mais très vite, les choses bougent : en février 2008, Siva Sittanandacoumaran reprend la gérance, puis c’est au tour de Cassime Mougammadou en septembre de la même année. Trois gérants en moins d’un an, c’est souvent le signe d’une gouvernance fragile et d’un projet qui peine à trouver sa stabilité.

Une fin rapide et brutale

L’activité réelle n’aura duré qu’environ deux ans. Le 1er novembre 2009, la société déclare sa cessation de paiements. Huit jours plus tard, le tribunal de commerce de Pontoise prononce la liquidation judiciaire. Maître Canet, liquidateur judiciaire basé à Cergy-Pontoise, prend les choses en main. La clôture intervient le 18 mars 2011, pour insuffisance d’actif. La SOCOFRA d’Herblay est alors radiée du RCS de Pontoise. Durée de vie totale : moins de quatre ans.

Ce que révèle ce parcours

Cette SOCOFRA est un exemple typique de la fragilité des très petites entreprises françaises. Pas de salariés déclarés, aucun compte annuel publié, aucune présence numérique (ni site, ni réseaux sociaux, ni adresse email). Un commerce familial ou individuel, ancré dans le local, mais sans les ressources pour affronter les difficultés de trésorerie ou de gestion. Aujourd’hui, elle ne subsiste que dans les registres officiels (RCS, INSEE, RNE), comme une trace administrative d’un projet qui n’a pas tenu ses promesses.

2. SOCOFRA en Suisse : une société immobilière discrète

La deuxième SOCOFRA n’a rien à voir avec la première. Elle est enregistrée au Registre National des Entreprises (RNE) français depuis le 1er janvier 1990, mais son siège se trouve en Suisse, au 39 rue des Peillonneix. C’est une société étrangère, non immatriculée au RCS français, ce qui explique en partie son profil discret.

Une activité immobilière sans salariés

Cette SOCOFRA opère dans la location de terrains et autres biens immobiliers (code NAF 68.20B, devenu 68.20H en 2025). Elle gère et exploite des biens immobiliers, qu’ils soient en propriété ou en location. Mais sa taille reste modeste : c’est une PME sans salariés connus, classée comme unité non employeuse. Pas de site internet, pas de communication publique, juste une existence administrative sobre et efficace.

Un établissement fermé en France

Si le siège est suisse, la SOCOFRA a eu un établissement secondaire en France, à Saint-Égrève (Isère), au 53 avenue de l’Europe. Cet établissement, également actif dans la location immobilière, a fermé le 31 décembre 2002. Depuis, la société poursuit son activité uniquement depuis la Suisse, sans lien apparent avec le territoire français, hormis son inscription au RNE.

Pourquoi cette discrétion ?

Les sociétés immobilières étrangères n’ont souvent pas besoin de visibilité commerciale. Elles gèrent des patrimoines, louent des biens, encaissent des loyers, sans avoir à développer une marque ou à attirer des clients. La SOCOFRA suisse incarne ce modèle : sobre, efficace, invisible. Une activité qui dure depuis plus de trente ans, loin des projecteurs.

3. La SOCOFRA des années 1920 : une société coloniale disparue

La troisième SOCOFRA est un vestige du passé. Son nom complet était Société Coloniale Française de Cultures et d’Importation. Créée dans les années 1920 à Paris, elle était spécialisée dans le commerce colonial agricole, à une époque où l’empire colonial français jouait un rôle économique majeur.

Des actions de collection

En 1927, cette société a émis des actions de 500 francs, au nombre de 2 400. Ces titres boursiers n’ont aujourd’hui plus de valeur économique, mais ils sont recherchés par les collectionneurs de scripophilie (la collection de titres financiers anciens). Leur valeur actuelle tourne autour de 35 €. On les trouve dans des catalogues spécialisés comme Numistoria, où ils témoignent d’une époque révolue de l’histoire économique française.

Aucun lien avec les SOCOFRA modernes

Il est important de le préciser : cette société coloniale n’a strictement aucun lien avec la SARL d’Herblay ou la société suisse. C’est une coïncidence de nom, rien de plus. Elle appartient à un autre temps, un autre contexte, et n’existe plus aujourd’hui qu’à travers ces actions-souvenirs.

4. Pourquoi cette confusion autour du nom SOCOFRA ?

L’homonymie pose problème dès qu’on cherche des informations précises. Dans les bases de données publiques, les moteurs de recherche ou les registres administratifs, le nom SOCOFRA renvoie tantôt à l’épicerie francilienne, tantôt à la société immobilière helvétique, tantôt à l’ancienne société coloniale. Résultat : des informations mélangées, des profils flous, et beaucoup de confusion.

Cette situation met en lumière un point souvent négligé : un nom d’entreprise n’est pas unique à l’échelle internationale, ni même nationale dans le temps. Une SARL radiée et une société étrangère active peuvent très bien partager le même nom sans aucun lien juridique ou économique.

5. Ce que révèle cette triple identité

L’histoire des trois SOCOFRA raconte en creux trois réalités économiques très différentes. La SARL d’Herblay illustre la vulnérabilité des petits commerces de proximité face aux difficultés de trésorerie et de gestion. La société suisse incarne la discrétion des structures immobilières étrangères, qui fonctionnent sans bruit, loin des radars médiatiques. L’ancienne société coloniale, elle, rappelle un pan révolu de l’histoire économique française, aujourd’hui figé dans des actions de collection.

Trois parcours, trois leçons. Et un seul nom pour les réunir, par hasard, dans la grande mémoire administrative des entreprises.

Antoine Bertin est un ancien restaurateur passionné de cuisine maison et de décoration chaleureuse. Depuis son village de Provence, il partage sur La Loge Bertin ses recettes de saison, ses idées déco et son art de vivre simple et inspiré.

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