Il y a des recettes qui traversent les siècles sans prendre une ride. Les rabanadas, c’est exactement ça : des tranches de pain doré dans l’huile, parfumées au Porto et roulées dans la cannelle, qui réapparaissent chaque Noël sur les tables du Portugal comme si le temps s’était arrêté. Une recette née de la nécessité — ne pas gaspiller le pain rassis — devenue l’un des desserts de fêtes les plus aimés de la péninsule ibérique. Simple, économique, terriblement gourmande. Et une fois qu’on y a goûté, on comprend pourquoi les grands-mères portugaises en préparent des fournées entières dès le 24 décembre.
Temps de préparation : 15 minutes
Temps de cuisson : 20 minutes
Nombre de portions : 4 personnes
Ingrédients
Pour 4 personnes, il vous faut des produits simples que vous avez sans doute déjà dans votre cuisine :
Pour le lait aromatisé :
- 500 ml de lait entier (le lait entier est indispensable pour un résultat crémeux et enveloppant)
- 3 cuillères à soupe de sucre blanc
- 1 zeste de citron (non traité, prélevé en larges bandes)
- 2 bâtons de cannelle
- 1 petit verre de vin de Porto (environ 4 cl) — c’est l’ingrédient signature de la version portugaise, ne le sautez pas
Pour le pain :
- 8 tranches épaisses de pain rassis — pain de campagne, pain de mie un peu vieux, ou une baguette de la veille coupée en belles rondelles d’environ 1,5 cm d’épaisseur
Pour la dorure :
- 3 œufs
- 1 pincée de sel
Pour la cuisson :
- 3 cuillères à soupe d’huile (olive ou tournesol)
- 1 belle noix de beurre
Pour l’enrobage final :
- 3 cuillères à soupe de sucre blanc
- 1 cuillère à soupe de sucre de canne (pour une note légèrement caramélisée)
- 1 cuillère à café de cannelle moulue
Préparation
Le lait aromatisé au Porto
Versez le lait dans une petite casserole. Ajoutez le sucre, le zeste de citron et les bâtons de cannelle. Faites chauffer à feu doux pendant une dizaine de minutes en remuant de temps en temps — l’objectif n’est pas de faire bouillir, mais de laisser les arômes infuser doucement dans le lait chaud. Vous allez sentir la cannelle et le citron se libérer progressivement : c’est exactement ce qu’il faut.
Retirez la casserole du feu, laissez tiédir quelques minutes, puis versez le vin de Porto. Le Porto ne se cuit pas : on l’ajoute hors du feu pour préserver tout son parfum. Laissez refroidir jusqu’à ce que le lait soit à température ambiante.
Astuce d’Antoine : Si vous pouvez préparer ce lait aromatisé la veille, faites-le. Les saveurs seront décuplées le lendemain matin, et vous gagnerez un temps précieux le jour J.

L’imbibition du pain
Coupez votre pain en tranches régulières d’environ 1,5 cm d’épaisseur. Disposez-les à plat dans un grand plat creux. Versez le lait aromatisé par-dessus et laissez le pain absorber le liquide pendant 1 à 2 minutes de chaque côté. Le pain doit être bien imbibé — généreux, fondant à l’intérieur — sans se désintégrer entre vos doigts.
Un pain rassis de deux ou trois jours est idéal pour cette étape : il absorbe le lait sans se transformer en bouillie. Un pain trop frais aura tendance à se détremper trop vite et à se casser à la cuisson.
La dorure aux œufs
Battez les œufs en omelette dans une assiette creuse avec une pincée de sel. Prenez chaque tranche de pain imbibée délicatement et trempez-la dans les œufs battus en vous assurant que les deux faces sont bien recouvertes. Ne brusquez pas le pain : il est fragile à ce stade.
La cuisson
Faites chauffer l’huile et le beurre ensemble dans une grande poêle à feu moyen-vif. Le mélange des deux est important : l’huile empêche le beurre de brûler, le beurre apporte ce goût noisette irrésistible. Quand la poêle est bien chaude — quelques gouttes d’eau doivent siffler au contact — déposez les tranches une à une sans les entasser.
Laissez dorer 2 à 3 minutes d’un côté sans toucher, puis retournez délicatement avec une spatule large. La rabanada doit afficher une belle couleur dorée profonde, presque ambrée. Une fois les deux faces dorées, déposez les tranches sur du papier absorbant.
Point technique crucial : essuyez la poêle entre chaque fournée avec du papier absorbant et remettez une noix de beurre et un filet d’huile. Les résidus de cuisson brûlés dans le fond de la poêle donneraient un goût amer aux fournées suivantes. Cette discipline vous garantit des rabanadas parfaitement dorées du début à la fin.
L’enrobage final
Dans une assiette plate, mélangez le sucre blanc, le sucre de canne et la cannelle moulue. Roulez chaque rabanada encore chaude dans ce mélange en pressant légèrement pour qu’il adhère bien sur toutes les faces. La chaleur du pain aide le sucre à légèrement fondre en surface — c’est ce qui crée cette fine croûte parfumée absolument addictive.
Disposez les rabanadas sur un plat de service. Décorez avec les bâtons de cannelle réservés et quelques fines lanières de zeste de citron. Servez chaud ou tiède, avec éventuellement un filet de miel si vous aimez les saveurs bien rondes.
Tableau récapitulatif de la recette
| Étape | Durée approximative | Point de vigilance |
|---|---|---|
| Lait aromatisé | 10 min + refroidissement | Ajouter le Porto hors du feu |
| Imbibition du pain | 2 à 4 min | Pain rassis de préférence |
| Dorure aux œufs | 2 min | Enrober délicatement les deux faces |
| Cuisson | 4 à 6 min par fournée | Essuyer la poêle entre les fournées |
| Enrobage sucre/cannelle | 2 min | Rouler les rabanadas encore chaudes |
Comment dit-on pain perdu en portugais ?
En portugais, le pain perdu se dit rabanadas — et cette appellation est propre au Portugal. Le mot vient du terme “rã”, qui désigne la grenouille, par analogie avec la façon dont les tranches de pain “sautent” dans la poêle chaude. Une étymologie populaire qui fait sourire, mais qui colle bien à l’image de ces tranches qui grésillent et dorissent dans le beurre chaud.
Ce qui distingue les rabanadas du pain perdu français ou des torrijas espagnoles — leur cousine ibérique —, c’est avant tout le vin de Porto. En France, on parfume parfois le lait avec de la vanille ou du rhum. En Espagne, les torrijas se font souvent avec du vin blanc ou de l’huile d’olive en grande quantité. Au Portugal, le Porto est incontournable : il donne aux rabanadas ce goût chaud, légèrement sucré et fruité qui les rend immédiatement reconnaissables.
Les rabanadas sont aussi indissociables du calendrier : on ne les mange pas toute l’année. Elles appartiennent à Noël, au réveillon du 24 décembre, au petit-déjeuner du 25 matin. Dans le nord du Portugal surtout, elles font partie du rituel de fête au même titre que la morue ou les bolinhos. Préparées par les grand-mères, transmises aux enfants, refaites par les petits-enfants — les rabanadas sont un dessert de mémoire autant qu’un dessert de gourmandise.
La bonne nouvelle, c’est qu’on peut les adopter sans être portugais. Une belle tranche de pain de la veille, un peu de Porto dans le placard, quelques bâtons de cannelle — et vous voilà capable de mettre un peu de cette douceur ibérique sur votre table, que ce soit pour Noël ou un dimanche matin de janvier un peu froid.

Antoine Bertin est un ancien restaurateur passionné de cuisine maison et de décoration chaleureuse. Depuis son village de Provence, il partage sur La Loge Bertin ses recettes de saison, ses idées déco et son art de vivre simple et inspiré.
